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Mouthe - Région des lacs
18
E
NVIRONNEMENT
Pose d’émetteurs
Le retour de l’écrevisse
à pattes blanches
M
ASSIF DU
J
URA
Validation en 2010
Le parc du Haut-Jura s’étend sur le Haut-Doubs
L’
écrevisse à pattes blanches
n’a pas totalement dispa-
ru dans le Doubs. Il sub-
siste encore une trentaine de
populations concentrées dans
quelques petits ruisseaux. On
est loin des densités observées
dans les années soixante-dix.
À l’époque, les engins de chan-
tier qui réalisaient les travaux
de rectification du Drugeon en
sortaient par godets entiers.
Depuis, cette espèce emblé-
matique de la qualité des cours
d’eau et qui accompagne
d’ailleurs souvent la truite a
fortement régressé. La modi-
fication de son habitat par
l’homme, les pollutions agri-
coles et domestiques expliquent
en grande partie cette dégra-
dation. À quoi il convient
d’ajouter l’expansion catas-
trophique des écrevisses amé-
ricaines introduites en toute
illégalité. Ces dernières entrent
non seulement en compétition
avec l’espèce indigène mais
elles sont également porteuses
saines de maladies mortelles
comme la sinistre peste de
l’écrevisse.
Conséquence : l’écrevisse à
pattes blanches était considé-
rée comme une espèce prati-
quement disparue dans la
réserve de Remoray.
“La ques-
tion d’une réintroduction était
envisagée depuis plusieurs
années dans le plan de gestion”
,
indique Bruno Tissot le conser-
vateur. Par un heu-
reux hasard, cette
perspective coïncide
avec les projets menés
au Parc naturel régio-
nal du Morvan “mis-
sionné” pour piloter
un programme Life
européen autour cet-
te problématique de
sauvegarde.
La réflexion entre
Franc-Comtois et Bourguignons
s’instaure à partir de 2003 en
vue de déterminer les actions
adéquates. La réserve de Remo-
ray est l’unique site retenu
dans le Doubs.
“Comme les tra-
vaux de rénovation des milieux
humides étaient déjà réalisés,
il manquait juste la réintro-
duction pour finir le
travail”
, justifie Pier-
re Durlet, le coordi-
nateur du program-
me au Parc naturel
régional du Morvan.
Ce type d’opération
est très rare dans les
réserves où l’on pri-
vilégie plutôt le
repeuplement endé-
mique.
“Du fait de cet-
te rareté, on a très peu de retours
d’expériences scientifiques”
,
reprend Bruno Tissot en signa-
lant la participation d’autres
partenaires comme l’Office
national de l’eau et des milieux
aquatiques ou les chercheurs
universitaires.
La campagne débute en 2006.
Il faut d’abord trouver des cours
d’eau où l’écrevisse à pattes
blanches abonde.
“On ne prend
jamais plus d’1 % de la popu-
lation donneuse.”
Les prélève-
ments sont effectués dans plu-
sieurs cours d’eau jurassiens.
Seconde étape du protocole, la
réintroduction se déroule en
trois séances dans les ruis-
seaux de L’Haut et duVurpillot.
“L’objectif est d’acquérir une
expérience de façon à pouvoir
la répliquer, d’où l’intérêt de
cibler deux ruisseaux différents.”
Au total, 825 écrevisses à pattes
blanches sont déplacées à
l’intérieur de la réserve de
Remoray. La troisième et der-
nière séquence a lieu en sep-
tembre dernier avec la pose
d’émetteurs sur une quinzai-
ne d’individus. L’exercice est
une première en France.
“Ce
suivi permet de comprendre les
comportements. Après deux
mois, on constate que les indi-
vidus restent là où on les a dépo-
sés. Il faudra attendre aumoins
3 ou 4 ans pour avoir un avis
probant sur la réussite ou pas
de l’opération”
, conclut Bruno
Tissot.
F.C.
L
e parc naturel régional duHaut-
Jura révise sa charte. En
l’occurrence sa troisième char-
te qui définira le projet de ce terri-
toire de 2010 à 2022. Le périmètre
d’étude passera alors de 110 à 120
communes. Les trois départements
sont concernés par cette extension.
Dans l’Ain, il y a les villages d’Échallon
et Challex. Dans le Jura, Syam et
Frasnois. Le Doubs représente le gros
de la nouvelle troupe avec six nou-
velles communes, à savoir : Remoray-
Boujeons, Labergement-Sainte-Marie,
Rochejean, Fourcatier-et-Maison-Neu-
ve, les Longevilles-Mont d’Or et
Jougne.
“Ce périmètre est établi sur
la base des propositions des communes.
Les régions Rhônes-Alpes et Franche-
Comté valident ensuite les candida-
tures. Les six communes retenues sur
le Haut-Doubs ont été les premières à
postuler”
, explique PhilippeAndlauer,
le directeur du parc naturel.
La cohérence territoriale préside à
cette extension qui se poursuit sans
discontinuité.
“Il n’est nullement ques-
tion d’évoquer une logique d’expansion
ou une stratégie de développement ter-
ritorial du parc. La demande émane
d’abord des communes et ce sont ensui-
te les deux régions qui fixent les limites”
,
tient à préciser Jean-Gabriel Nast.
Le président du parc rétorque égale-
ment à ceux qui pourraient s’étonner
de voir aussi le Haut-Jura s’élargir
bien au-delà de ses frontières dépar-
tementales :
“Il faut appréhender le
Haut-Jura comme l’espace englobant
les zones hautes du massif.”
La com-
munauté de communes des Hauts du
Doubs sera intégrée dans sa globali-
té. Ce n’est pas encore le cas de celle
du Mont d’Or et des Deux Lacs qui
en avait pourtant exprimé le désir.
“Trop d’un seul coup”
, tente de justi-
fier le directeur.À signaler que Méta-
bief ne s’était pas expressément mani-
festée sur la question.
En rentrant dans le nouveau péri-
mètre, le lac de Remoray et sa réser-
ve naturelle apportent de quoi consti-
tuer un pôle environnemental de
première importance. Et peut-être
aussi de sécuriser l’avenir de la Mai-
son de la Réserve qui n’arrive tou-
jours pas à sortir la tête de l’eau (voir
article page suivante).
“Le parc appel-
le une notoriété, un projet qui dépas-
se les contingences locales. Il n’est pas
question de superposition de compé-
tences avec celles exercées par les col-
lectivités existantes”
, note encore Phi-
lippe Andlauer.
Cette extension vers le Nord soulève
bientôt la question du statut de la vil-
le de Pontarlier. Si Jean-Gabriel Nast
estime qu’une telle ville mériterait
tout à fait sa place dans le parc, c’est
encore un peu prématuré. Pour l’heure,
on accorderait davantage le statut de
ville-porte à la capitale duHaut-Doubs
comme c’est déjà le cas de Champa-
gnole ou Bellegarde-sur-Valserine.
“Cela fonctionne sur le principe
d’échange mutuel. La ville-porte béné-
ficie de l’image et peut également par-
ticiper aux projets développés à l’échelle
du parc qui en retour peut profiter ou
s’appuyer sur les services adminis-
tratifs ou commerciaux en place dans
ladite ville”
, décrypte le directeur.
Aujourd’hui, le président estime qu’il
serait dangereux d’envisager la créa-
tion d’une antenne du parc sur le
Haut-Doubs.
“Il y aurait trop de risque
d’éclatement. Par contre, il est clair
qu’il faudra plus de techniciens du
parc sur ce secteur.”
F.C.
825
écrevisses
à pattes
blanches
déplacées.
Jean-Gabriel Nast, le président
du parc, parle d’extension
et non pas d’expansion.
En 2010, le parc naturel régional serait aux portes du lac et de la sta-
tion de Métabief en attendant de se rapprocher de Pontarlier qui
pourrait être une ville-porte.
Cette espèce autochtone fait l’objet d’un programme de
réintroduction lancé depuis 2006 dans la réserve naturelle
du lac de Remoray. Séquence réhabilitation.
15 individus ont été
équipés d’émetteurs
en septembre 2008.
Jadis présente en abondance dans les ruisseaux du Haut-Doubs,
l’écrevisse à pattes blanches a pratiquement disparu.
Cette extension concerne six communes
retenues par le Conseil régional. Elles inté-
greront l’espace labellisé “parc naturel régio-
nal” à partir de 2010. Raisonnons Massif.