Suspect
D’apprendre que Pierre Moscovici, parlementaire depuis près de 20 ans, plusieurs fois ministre et conseiller maître à la Cour des comptes possède en tout et pour tout un appartement à Montbéliard et quelque 13 000 euros sur des comptes courants (dont un est même débiteur) est très dérangeant. D’abord parce que cette information, comme pour tous les autres ministres mis à nu dans la précipitation, ne nous regarde pas. Ensuite, elle ne nous intéresse pas. Nous n’avons cure de savoir que Cécile Duflot possède une 4 L à 400 euros, que tel autre a un compte courant à découvert de 30 000 euros (Laurent Fabius…) ou qu’une autre élue possède trois kayaks en carbone. Enfin, ce déballage peut paraître d’emblée suspect dans ce climat nauséabond de chasse aux sorcières. Suspect, parce que cette déclaration de patrimoine occulte naturellement les revenus mensuels des intéressés et qu’il paraît effarant qu’en près de trente ans de carrière, le ministre Moscovici, élite supposée de la Nation, ne dispose pas plus de biens qu’un modeste “Français moyen”. Cette farce médiatico-politique n’a pour effet que de jeter l’opprobre sur toute la classe politique : un ministre est hélas disqualifié d’emblée s’il est riche, tandis qu’un ministre au capital restreint est soupçonné de cacher la vérité. Le vrai problème, c’est que dans la précipitation, on tente de panser les plaies béantes de l’affaire Cahuzac par des mesures improvisées qui n’altèrent en rien la facilité qu’auraient les élus malhonnêtes à masquer la vérité sur leur patrimoine et surtout, qui ne moralise en rien la vie politique. Les citoyens n’attendent pas de leurs élites qu’elles soient pauvres, seulement qu’elles soient loyales et représentatives de leurs intérêts. Quand demain on obligera tous les élus, maires ruraux comme députés à dévoiler à leur tour leur patrimoine, on sera descendu bien bas dans le populisme et toutes les dérives que cette pseudo-transparence comporte en germe. Commençons par rendre publique, par exemple, la façon dont nos députés dépensent tous les mois les 6 400 euros qu’ils perçoivent en plus de leur salaire au titre de leurs “frais de mandat”. C’est ce genre de flou persistant qui donne ce sentiment de défiance des citoyens. Pas de savoir si tel élu possède une Twingo ou tel autre une Maserati.
Jean-François HAUSER
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